القاهرة – spécial
Le « Maison de la poésie égyptienne » au Caire a connu une soirée exceptionnelle qui a dépassé les limites de la célébration traditionnelle, réunissant des créateurs arabes sous la direction du poète Samah Mahjoub, lors d’une grande célébration qui a évoqué l’esprit du « poète de la révolution algérienne » Mahmoud Zekri. La soirée n’était pas simplement un hommage à un poète disparu, mais une manifestation culturelle vibrante, illustrant comment le poème peut être une patrie, et comment la parole peut briser les chaînes du geôlier.
Sous un même toit, une élite de figures de la littérature arabe s’est réunie pour honorer l’héritage du « maître de l’Iliade », en tête desquels se trouvait le romancier mondialement connu Waciny Laredj. La présence de poètes de divers pays a donné une teinte nationale à l’événement ; de l’Algérie étaient présents Ibrahim Sadiqi, Amna Hazmoun, Faiza Qamqani, et Nasima Bou Salah, de la Palestine le poète Al-Mutakil Taha, d’Irak Hussein Al-Qasid, et du Maroc Fadwa Ziani, dans une scène qui reflète l’unité de la conscience arabe face aux questions de libération.
Tous les participants ont convenu que l’expérience de Mahmoud Zekri était un modèle unique du « poète combattant » qui n’a pas écrit de la poésie pour le plaisir artistique pur, mais l’a façonnée pour être des balles qui ébranlent les trônes du colonialisme, et un baume qui guérit les blessures de sa patrie saignante. Sa poésie était une traduction vivante de la lutte d’un peuple, et une voix tonitruante qui ne s’est pas brisée devant la machine de la répression et de la torture.
La soirée a longuement évoqué l’épopée historique de l’hymne « Qasam », que Zekri n’a pas écrit avec de l’encre, mais qu’il a gravé (littéralement) avec son sang sur les murs de sa cellule dans la terrifiante prison de « Barbarousse ». Cet hymne, qui se tient seul dans le monde comme un document révolutionnaire portant une menace explicite au colonisateur français, demeure un témoin de la foi du poète en l’inéluctabilité de la victoire malgré l’obscurité de la cellule.
La célébration a mis en lumière la profondeur des liens entre Le Caire et Alger, où les participants ont rappelé la rencontre historique entre le génie de Mahmoud Zekri dans la formulation du texte, et le génie du musicien égyptien décédé Mohamed Fawzi qui a composé la mélodie éternelle. Cette collaboration artistique n’était pas simplement un acte créatif, mais un symbole de la solidarité fatidique entre les deux pays dans la lutte pour la liberté et la dignité.
Message de fidélité de la Fondation Mahmoud Zekri
Dans une atmosphère empreinte de reconnaissance, la poétesse Nasima Bou Salah a transmis un message chargé de sentiments d’affection et de gratitude de la Fondation Mahmoud Zekri, spécifiquement de la part du fils du poète, le Dr. Souleymane Cheikh, président d’honneur de la fondation et ancien ambassadeur d’Algérie au Caire. Le discours a exprimé la fierté de la fondation et de l’Algérie entière pour cet hommage qui célèbre la symbolique du « poète de la révolution », affirmant que cette initiative n’est pas étrangère à l’Égypte, « le cœur battant de l’arabité », qui a toujours été en avance pour rendre justice aux éminents figures de la nation arabe et célébrer leur héritage de lutte et littéraire.
Le discours a souligné les « mains blanches de l’Égypte » qui se sont tendues à travers l’histoire pour soutenir les causes justes, en tête desquelles se trouve la révolution algérienne. Bou Salah a noté que l’hommage à Mahmoud Zekri au Caire rappelle cette solidarité unique qui s’est manifestée dans l’hymne national « Qasam » ; alors que Zekri a formulé ses mots avec son sang derrière les barreaux, le grand musicien égyptien Mohamed Fawzi a composé sa mélodie éternelle, unissant le génie algérien et égyptien dans une œuvre qui a offert aux générations un symbole de résistance et de souveraineté, reflétant ainsi la profondeur des sacrifices et des positions honorables partagées par les deux peuples à travers le temps.
Elle a conclu son discours en enregistrant cette « noble graine » de la Maison de la poésie égyptienne dans le registre des exploits des relations culturelles entre les deux pays, exprimant l’espoir de la Fondation Mahmoud Zekri que cet événement soit un bon augure pour une coopération plus large et un échange culturel durable. La fondation a considéré que cet hommage n’est pas simplement une célébration du passé, mais un pont pour la communication entre les institutions culturelles en Égypte et en Algérie, afin de garantir que la parole inspirante et la mélodie envoûtante demeurent vivantes dans la conscience de la nation arabe, préservant l’identité et célébrant la créativité généreuse et éclatante.
Waciny Laredj : Une leçon d’amour et d’unité
Dans une intervention marquante qui a dépassé la lecture traditionnelle, le romancier mondial Waciny Laredj a plongé dans les aspects humains et politiques complexes de la vie de Mahmoud Zekri. Avec une voix empreinte de mélancolie, Laredj a révélé l' »étrangeté » du poète qui l’a accompagné vivant et mort ; malgré son combat légendaire, il a fini par se retrouver en exil, et est décédé en Tunisie, loin de la terre qu’il a chantée, restant pendant un certain temps « défavorisé » et écarté de la scène officielle, avant que son honneur ne soit rétabli et que son corps ne soit transféré pour reposer dans la terre de sa naissance à « Ghardaïa » dans le sud algérien, son retour final étant une correction d’une injustice historique qui a touché le « poète de la révolution ».
Laredj a évoqué le rôle national et unificateur que Zekri a joué en tant que pont culturel transcendant les frontières, soulignant une paradoxe historique qui reflète sa grande valeur ; le poète était professeur au palais royal au Maroc et éducateur des enfants du roi, à une époque où les liens populaires et culturels étaient plus forts que toutes les luttes politiques. Laredj a appelé, à travers ce récit, à la nécessité de mettre fin aux « guerres misérables » qui n’ont plus de sens aujourd’hui, et à revenir à cette belle histoire où les intellectuels communiquaient avec amour au cœur des années difficiles du colonialisme, s’interrogeant avec tristesse sur la raison de l’éloignement des cœurs à l’époque de l’indépendance et du bien-être.
Concernant la valeur artistique de « L’Iliade algérienne », Laredj l’a décrite comme l’un des plus beaux poèmes d’amour écrits pour une patrie, et non comme un simple relevé historique. Il a expliqué que le génie de Zekri s’est manifesté dans sa prévoyance pour l’avenir et sa reconnaissance précoce de la conscience amazighe comme une partie organique et indivisible de l’identité nationale, dépassant ainsi les conflits idéologiques étroits. Le poète a déployé un effort colossal pour documenter la profondeur de son pays à travers mille vers, faisant de l’Iliade un message de fidélité à la patrie qu’il aimait malgré les « déceptions » et l’amertume de l’exil, prouvant que l’appartenance sincère transcende les frontières géographiques et les postes.
Laredj a conclu son discours en affirmant la grande symbolique de ce rassemblement sous le toit de la « Maison de la poésie égyptienne », considérant que l’hommage du Caire à Mahmoud Zekri est « le plus bel acte de réhabilitation » pour un poète qui est resté amoureux de sa patrie et de sa nation jusqu’à son dernier souffle. Il a vu que cet hommage n’est pas simplement un événement culturel, mais un cri contre l’oubli, et une affirmation que les véritables créateurs peuvent être emportés par la mort ou l’exil, mais que l’histoire et la mémoire collective des peuples les ramènent toujours à leur place naturelle en première ligne, comme des piliers qui ne fléchissent pas devant l’identité arabe commune.
Un héritage éternel et une histoire en mille vers
La célébration a été ponctuée de lectures critiques et poétiques qui ont retracé le parcours du défunt, depuis sa naissance à « Beni Yezguen » à Ghardaïa, son éducation à la Zaytouna à Tunis où il a été surnommé « Mahmoud », jusqu’à son chef-d’œuvre