Quand la patrie émigre en nous,
nous devenons l’écho d’une barque
brisée par les vents de l’adieu.
La mort rampe dans les ruelles
comme un enfant sans mère —
il frappe à la porte du soir,
puis s’endort sur la pierre des souvenirs,
épuisé d’avoir attendu sans soleil.
Qui éteindra le feu du mal du pays
dans le sang de l’exilé ?
Qui ramènera l’empreinte des pas
vers une rive qui a oublié les passants ?
Ô Terre chantée par les oiseaux,
pourquoi nous renvoies-tu au monde
comme une faute en quête de pardon ?
Nous te portons dans des frissons
qui ne reconnaissent plus nos traits,
et dans des valises
empreintes d’odeur de pluie.
Nous écrivons nos noms sur le verre,
et cachons les sources
dans des pages jamais lues.
Nous disons à la vague :
« Nous ne sommes pas des envahisseurs,
mais une ombre en quête de paix. »
Et au soleil :
« Nous avons des maisons
qui ne connaissent pas la guerre,
et des mains
qui ne saluent pas les fusils. »
Nous sommes enfants du fleuve,
nous apprivoisons la cendre
pour qu’elle fleurisse dans la paume.
Nous portons la mer dans la voix,
nous nous éveillons aux pleurs des navires,
et nous rêvons d’une carte
jamais achevée.